N° 004 du 1er décembre 2024

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Maurice Mulamba Nyunyu

Correspondant à Lubumbashi

Publié le : 19 septembre 2024

Lecture : 6 minutes

Kolwezi : quand les habitations reculent face aux mines

A Kolwezi, la capitale du Lualaba, au sud de la RDC, un phénomène tragique se déroule sous nos yeux. Les habitations de certains quartiers, jadis symbole de prospérité et de vie, s’effacent progressivement du cadastre, chassées par l’avancée inexorable des mines.

Kolwezi, une ville minière qui baigne dans la pauvreté. Ici, une vue partielle de la cité Gécamines

Kolwezi, une ville minière qui baigne dans la pauvreté. Ici, une vue partielle de la cité Gécamines

Maurice Mulamba Nyunyu

Correspondant à Lubumbashi

Publié le : 19 septembre 2024

Lecture : 6 minutes

A la recherche de l'or bleu (le cuivre et le cobalt), des milliers de creuseurs artisanaux transforment peu à peu des quartiers résidentiels en véritables carrières. Kasulo, autrefois quartier résidentiel de la commune de Dilala, jadis paisible, est aujourd'hui le théâtre d'une exploitation minière effrénée qui menace l'intégrité des habitations. Les maisons, qui abritaient jadis des familles, ont été englouties par des trous profonds creusés par des jeunes à la recherche de minerais. "Ma maison s'est effondrée après avoir été rongée dans le sous-sol", déclare Léon Kashak, ancien résident de Kasulo, inquiet de ce phénomène qui se déroule sous ses pieds.

Devenu locataire dans un quartier voisin, cet ancien enseignant dans une école de cette ville qui "appartient à la mine" revient chaque jour sur les lieux de son ancienne vie, espérant récupérer une part des minerais extraits de sa parcelle. Kashak a convenu avec les creuseurs d'un partage des bénéfices : 40% pour lui, 60% pour les exploitants. Mais cette précarité ne lui permet pas de retrouver un nouveau chez-soi. "Le peu que je gagne après la vente de mes colis va dans d'autres dépenses. La production tend à sa fin, et je n'ai même pas un terrain", déplore-t-il.

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Une menace grandissante

A quelques kilomètres, la cité Gécamines, l'entreprise qui porte le surnom de la "mangeuse de cuivre", est en train de devenir un vestige d’un passé révolu. La cité, qui s'étend sur quelque 102 hectares, subit également les ravages de l'exploitation artisanale. Les éboulements de terres sont fréquents, et chaque jour, de nouvelles habitations disparaissent. "Il y a plus de deux cent mille creuseurs artisanaux dans le Lualaba, errant sans concession à exploiter, car tout a été vendu aux expatriés", alerte Lucien Tambwe. Ce responsable d'une coopérative minière de la place craint que Kolwezi ne se transforme en une vaste carrière, où même les maisons pourraient devenir des sites d'exploitation. "C'est une menace à ne pas prendre à la légère. Les dirigeants doivent encadrer ces jeunes en leur fournissant des zones d'exploitation artisanale pour éviter le pire."

Jadis un quartier complètement résidentiel, Kasulo est devenu presqu'entièrement un carré minier
Jadis un quartier complètement résidentiel, Kasulo est devenu presqu'entièrement un carré minier

En fait, la cité Gécamines a été érigée dans les années 1930 pour loger les travailleurs de l’Union minière du Haut-Katanga (UMHK), les ouvriers attirés par les richesses minérales de la région. À l’époque coloniale, ces maisons représentaient un espoir, un foyer pour ceux qui œuvraient dans l'industrie extractive. Depuis l’indépendance en 1960, et quelques années plus tard lorsque l’UMHK a été rebaptisée Gécamines, les choses ont changé, mais l’essence de l’activité est restée la même : racler, creuser, trier la terre pour en extraire le cuivre et le cobalt. Les actions de l’entreprise ont changé de mains, les moyens industriels ont évolué, mais la réalité demeure implacable pour les familles vivant sur ces filons. Les habitants se retrouvent aujourd'hui à la merci des engins de forage, témoins impuissants d’un avenir incertain.

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Une ville au service des mines

A Kolwezi, la ville et ses habitants semblent appartenir à la mine, et non l’inverse. La capitale mondiale du cobalt, indispensable à la fabrication des batteries électriques, a vu sa population croître rapidement, mais avec cette croissance, est aussi venue une précarité grandissante. Les mines, qui devraient être des sources de richesse, se transforment en cauchemar pour les résidents. Les habitations sont déplacées, et le paysage urbain se transforme en une vaste zone d’exploitation. Et les richesses du sous-sol ne profitent pas à ceux qui vivent au-dessus, mais alimentent plutôt un cycle d’exploitation qui semble sans fin. 

Les histoires de familles chassées de leurs maisons sont nombreuses. Des générations ont vécu dans ces endroits (quartier Kasulo, cité Gécamines, quartier 5 ans, etc.), mais aujourd’hui, elles se retrouvent sans abri, souvent reléguées à la périphérie de la ville, dans des conditions de vie précaires. Les enfants jouent au milieu des décombres, tandis que les parents cherchent désespérément un moyen de subsistance. 

Lire aussi : Le réveil tardif des services de contrôle à la frontière RDC-Zambie : une course contre la farine de la mort

Vers un avenir incertain

Alors que les mines continuent d’avancer, la question se pose : quel avenir pour Kolwezi et ses habitants ? Face à cette crise, le ministre provincial des Mines assure que des sites sont prévus pour les creuseurs artisanaux. "Nous devons transformer ces sites en mines à ciel ouvert et ouvrir des routes pour leur permettre de travailler dans de meilleures conditions." Cependant, cette promesse semble lointaine pour ceux qui sont déjà engagés dans l'exploitation. Les creuseurs, impatients et désespérés, peinent à croire aux promesses du gouvernement. La réalité est que, pour beaucoup, la survie passe par l'exploitation immédiate des ressources, même si cela signifie sacrifier leur propre habitat.

Et les promesses des autorités et des entreprises minières de développement et de compensation semblent souvent creuses face à cette réalité du terrain. Les creuseurs artisanaux, qui cherchent à survivre dans cette économie de l’extraction, sont eux aussi pris au piège d’un système qui les exploite. La cité Gécamines par exemple, autrefois symbole de la prospérité, est aujourd'hui le reflet d'une lutte inégale entre l'homme et l’outil d’extraction de minerais, entre le besoin de survie et la voracité d'une activité qui ne connaît pas de limites.

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